RAHIMA

ARTISTE PEINTRE

Photographie : Kohann Thensen

Tout a commencé par des lignes.

Des lignes que j'observais, que j'apprenais  à cerner et à capturer.  Une traque, dans la concentration la plus stricte. Car s’emparer d’une ligne est vain si son sens véritable n’en a été qu'effleuré.          

S’ensuit un moment clé. Celui de la visualisation. Le geste de la main est intérieurement répété et dans un souffle retenu on en commence le tracé. Mais ce n'est pas fini. Car il est impossible de faire s'allonger cette ligne sans la remettre en question à tout moment, et avec elle, tout le cheminement de pensée qui l'a faite naître.

Voilà ce dont je suis tombée amoureuse très jeune. Le dessin. Il me mettait dans cet état singulier entre l’attente patiente, disciplinée, et la fougue de m'emparer d'un morceau de vie, d'un secret.

Quelques années plus tard, et par le biais des manuels scolaires, je découvrais la peinture. Stupéfaction ! Je peinais à y croire. Les yeux noyés dans les reproductions qu’ils renfermaient, j'observais des heures durant, la lumière vacillante d'une petite lampe à huile, le pli lourd d'un majestueux drapé, le reflet incisif d'un verre incliné ou la vibration délicate d'un regard. Plus rien n'existait. Je dévorais soigneusement chaque millimètre de ligne et de couleur que j'étudiais déjà… sans le savoir.

S’inscrivant comme une évidence, je me destinais pour l’étude de l'Histoire de l'Art. Arrivée sur les bancs de l’université je me délectais de cette nourriture que j’avais tant recherché. Mais avec le temps, un sentiment indescriptible commençait par pointer le bout de son nez. Un jour, dans l’atmosphère nocturne d’un amphithéâtre, je me mis à noircir frénétiquement au stylo à bille la feuille blanche censée y recueillir mes notes… Je relevais la tête, pensive, et fixais le pan de mur sur lequel une œuvre s’y projetait dans la pénombre. Puis d’un seul coup, je sursautais, comprenant que je m’égarais depuis déjà plusieurs minutes. Je me décidais à reprendre, et cette fois ci avec sérieux, des notes. C'est là que penchée sur ma feuille, je découvrais en pleine page un dessin que j'avais exécuté durant tout ce temps, sans même m'en rendre compte. 

L’évidence s’était enfin révélée à moi. C’est alors que je me suis élancée sans réserve dans les bras du dessin. Et quelques années plus tard, c’est le regard envoûtant de la peinture que je croisais.

Rahima